mardi 27 mai 2008
Bonnie 'Prince' Billy - Lie Down In The Light (2008)

Il arrive parfois que les événements arrivent au bon moment. Lie Down In The Light fait parti de ses moments que l'on osait plus espérer. Le chanteur folk Will Oldham (alias Bonnie "Prince" Billy) surprend toujours, même depuis l'excellent The Letting Go sorti deux ans plus tôt. Sans doute parce qu'il sait que la musique est un processus interminable, inépuisable et que les auditeurs, eux, sont curieux par nature et veulent aussi être rassurés. Même si la qualité du travail de Will Oldham n'est plus à démontrer, il faut tout de même souligner l'incroyable énergie qui se dégage de cet album. "I am the king of infinite space" clame-t-il en toute impunité sur "For Every Field There's A Mole". L'année 2008 est décidément pleine de bonnes surprises. L'impression d'unité, de fausse fragilité nous emplit directement sans jamais se défaire. C'est presque magique: "Oh you want that picture, don't you darling, of heartless cold me flying not falling." Et puis, la nostalgie s'installe, peu à peu, pour laisser place à la mélancolie. Seulement cette mélancolie n'est pas néfaste, elle nous épaule, nous entraîne jusqu'à nous porter (comme sur 'What's Missing Is'). On en oublierait presque le monde bancal dans lequel on vit, l'espoir est tellement grand, l'envie tellement forte, rien ne semble venir s'interposer entre l'homme et la musique. Il ne reste plus qu'à s'allonger calmement et écouter: "Why don't you lie down in the light?". Tout simplement.
Bonnie "Prince" Billy : Lie Down In The Light
1. Easy Does It
2. You Remind Me Of Something (The Glory Goes)
3. So Everyone
4. For Every Field There's A Mole
5. Keep Eye (On Other's Gain)
6. You Want That Picture
7. Missing One
8. What's Missing Is
9. Where's The Puzzle?
10. Lie Down In The Light
11. Willow Trees Bend
12. I'll Be Glad
(Drag City, 2008)
mardi 29 avril 2008
Bonnie 'Prince' Billy - Master And Everyone (2003)
A l'heure actuelle une chose est sûre, Will Oldham est une personne très occupée. Entre ses projets familiaux (The Anomoanon, The Palace Brothers, Palace Music), ses différentes collaborations (avec Current 93 par exemple) et ses projets solos (sous le nom de Will Oldham, Bonnie 'Prince' Billy), il semble assez logique de se demander si ses réalisations sont d'une qualité moindre au fur et à mesure des années et des activités.
Cet album, dans la lignée des précédents, s'inscrit dans une logique folk sans fioritures, avec les décomplexions légendaires qui la caractérise. Allongé dans l'herbe fraîchement coupée après la moisson comme Neil Young, ou assis dans une carriole roulant vers des pays inconnus comme Bob Dylan, ou bien simplement feuilletant un livre par une après-midi d'hiver, l'album s'écoute dans de nombreuses situations. Désinvoltes, les mélodies de Will Oldham sont inspirées et inspirantes. Parfois, les paroles se fredonnent, se chantonnent mais dans un susurrement mélancolique entraîné par les déboires amoureux d'une partie de notre vie: 'I love to look at you from the sad night with music playing'. Sans s'éloigner des habitudes de la folk, cette musique reste pourtant différemment en tête comme si elle poursuivait seule sa route telle un pigeon voyageur. 'Joy and Jubilee' par exemple est un véritable hymne intemporel modifiant l'atmosphère ambiante de la pièce dans laquelle on prend l'habitude de vivre. Regarder en arrière est parfois agréable car on laisse derrière soi ce qui n'a pas fonctionné correctement. La vie se fait parfois fardeau ('Hard Life'), parfois initiatrice ('Lessons from what's poor') mais elle est présente et parfois dénudée. C'est peut être ça dans le fond le plus important: un rétroviseur dans la poche, une guitare dans la main et des espoirs non pas désabusés mais désordonnés rebondissant sur un sol abîmé, un terrain en friche.
