samedi 25 octobre 2008
Daniel Arasse, On n’y voit rien (Collection Folio Essais, Janvier 2003)

« Que fait-on quand on regarde une peinture ? A quoi pense-t-on ? Qu’imagine-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l’on voit où devine ? Et comment l’historien d’art peut-il interpréter sérieusement ce qu’il voit un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ? »
Ces questions, on peut les lire sur la quatrième de couverture du livre de Daniel Arasse qui s’intitule On n’y voit rien. Cet ouvrage, paru dans la collection Folio Essais, se lit plus comme une fiction qu’un essai théorique sur l’histoire de l’art. Daniel Arasse a en effet ce talent pour raconter des « histoires d’art », pour nous montrer qu’apprécier l’art, c’est aussi de ne pas avoir peur de le regarder. En s’appuyant sur des œuvres du Titien, de Brueghel, Manet ou Velázquez, l’auteur amuse son lecteur en expliquant qu’une œuvre d’art est une expérience du regard et que ce que l’on voit n’est pas forcément ce que l’on voit. On n’y voit rien ? Bien au contraire, on peut enfin voir et c’est ce que Daniel Arasse nous démontre tout au long de son ouvrage. Les œuvres d’art nous apportent une source de réflexion étonnante et à travers ce livre, nous nous plaçons face à elles sans réserve, le regard toujours à l’affût du moindre détail caché.
mardi 29 avril 2008
Bonnie 'Prince' Billy - Master And Everyone (2003)
A l'heure actuelle une chose est sûre, Will Oldham est une personne très occupée. Entre ses projets familiaux (The Anomoanon, The Palace Brothers, Palace Music), ses différentes collaborations (avec Current 93 par exemple) et ses projets solos (sous le nom de Will Oldham, Bonnie 'Prince' Billy), il semble assez logique de se demander si ses réalisations sont d'une qualité moindre au fur et à mesure des années et des activités.
Cet album, dans la lignée des précédents, s'inscrit dans une logique folk sans fioritures, avec les décomplexions légendaires qui la caractérise. Allongé dans l'herbe fraîchement coupée après la moisson comme Neil Young, ou assis dans une carriole roulant vers des pays inconnus comme Bob Dylan, ou bien simplement feuilletant un livre par une après-midi d'hiver, l'album s'écoute dans de nombreuses situations. Désinvoltes, les mélodies de Will Oldham sont inspirées et inspirantes. Parfois, les paroles se fredonnent, se chantonnent mais dans un susurrement mélancolique entraîné par les déboires amoureux d'une partie de notre vie: 'I love to look at you from the sad night with music playing'. Sans s'éloigner des habitudes de la folk, cette musique reste pourtant différemment en tête comme si elle poursuivait seule sa route telle un pigeon voyageur. 'Joy and Jubilee' par exemple est un véritable hymne intemporel modifiant l'atmosphère ambiante de la pièce dans laquelle on prend l'habitude de vivre. Regarder en arrière est parfois agréable car on laisse derrière soi ce qui n'a pas fonctionné correctement. La vie se fait parfois fardeau ('Hard Life'), parfois initiatrice ('Lessons from what's poor') mais elle est présente et parfois dénudée. C'est peut être ça dans le fond le plus important: un rétroviseur dans la poche, une guitare dans la main et des espoirs non pas désabusés mais désordonnés rebondissant sur un sol abîmé, un terrain en friche.
