lundi 4 août 2008
Switched On by Stereolab
À l’heure où Stereolab va sortir un nouvel album, cet été 2008, il me semblait justifié de revenir sur un de leurs premiers albums Switched On.
En 1991, lorsque l’apogée des groupes shoegaze est tout à fait d’actualité, Stereolab ne modifie pas la recette qui créa son identité : esthétique imparable, musique pop proche de la perfection, influences irréprochables : le Velvet Underground sur « Changer », le krautrock des années 70 (Kraftwerk, Can en tête), et bien sûr la pop des années 50-60 pour les chœurs notamment. Dans l’article Wikipédia les concernant, l’auteur précise que le groupe a collaboré au fil des années avec de nombreux autres membres de groupes comme les Chills, Moose ou Sean O’Hagan des High Llamas (qui a apporté sa contribution sur de nombreux albums). Grandi à l’aide de toutes ces expériences diverses, le groupe s’approprie facilement le tout pour faire sa propre musique. Cette impression rend l’ensemble très homogène et harmonieux. Pourtant, ce n’est pas un disque qui est lisse ou limpide, c’est plutôt un chaos organisé ou une planification détournée. Dans de nombreux groupes, la pop a une visée commerciale, dénuée d’intérêt, prête à l’emploi or le véritable destin de la pop est de se trouver à mi-chemin entre la musique expérimentale et la musique grand public, une musique qui se veut pop-ulaire mais qui n’a de populaire que le mot finalement. C’est dans cet univers qu’évolue délicatement Stereolab depuis 10 ans maintenant. Mais revenons à Switched On. La musique de Stereolab est facilement identifiable dès les premières notes notamment grâce à la voix de Laëtitia Sadier, très peu changeante dans le sens où la chanteuse utilise sa voix sur une même tonalité essentiellement afin de permettre aux chœurs de s’exprimer abondamment. Une longue plage musicale-« Contact »- fait office de transition entre deux parties de l’album, qui assemblée au reste, laisse un souvenir impérissable. Cette sorte d’interlude signifié par l’utilisation du même bruit électronique au début de « Super-Electric » et de « Au Grand Jour » renforce cet effort de cohérence qui anime le groupe depuis ses débuts. De plus, l’utilisation de deux titres presque similaires (« Au Grand Jour’ » et « Au Grand Jour ») met en exergue l’idée d’expérience musicale comme expérience artistique avant toute chose. Animé d’un pouvoir de changement, le groupe ne cesse de croire en quelque chose de différent qui pourrait surgir à tout moment, comme cette lumière qui va cesser de s’éteindre: « The light that will cease to fail ». L’espoir est grand, la musique est sans pareille, et c’est avec grand plaisir que l’on retrouve le groupe en 2008 qui n’a pas oublié ses envies du début : « Changer, changer, changer » dans le sens le plus noble du terme : en évoluant constamment vers quelque chose de nouveau, le principe même de la création artistique.
dimanche 30 mars 2008
La genèse du mouvement
En 1975, Radioactivity de Kraftwerk fait son apparition. Deux ans plus tôt, ce duo allemand avait sorti leur premier album : Ralf Und Florian –leurs deux prénoms- une sorte d’album-test avant l’épreuve de force réalisée en 1975. Alors de quoi s’agit-il ? Pourquoi revenir sur Kraftwerk ? Il existe pour cela quelques raisons essentielles. Tout d’abord, nul ne peut ignorer l’influence forte que ce groupe a pu exercer sur des groupes comme Suicide, Bauhaus et même sur Joy Division. De plus, cet album marque sans doute une étape importante vers l’aspect « dénudé » des chansons et permet de définir avec plus de précision le mouvement que l’on a qualifié (peut-être un peu trop rapidement) de post-punk. En écoutant ‘Radioactivity’ chanson éponyme, les sons paraissent très clairs et les mots sont lancés comme des slogans. L’écouteur suit avec attention le fil de la chanson, embarqué dans un vaisseau spatial électronique. ‘Antenna’ par exemple, est musicalement proche d’une transfiguration mélodique. La musique arrive en force, c’est à l’auditeur de s’y retrouver par lui-même. Les rythmiques ressortent avec une force plus importante Le schéma classique couplet-refrain-couplet est interrompu sans cesse avec l’utilisation des répétitions, des bruits radiophoniques ou de la voix codée (‘Radio Stars’). C’est donc dans cette optique que cet album devient intéressant. Ce n’est pas dans la musique elle-même que l’on retrouve l’influence des groupes qui vont suivre, mais plutôt dans la façon d’emmener la musique (‘Ohm Sweet Ohm’). On retrouve cette essence particulière dans les caractères primitifs des débuts de Joy Division par exemple, lorsqu’ils s’appelaient encore Warsaw. Il est tout à fait possible que l’influence de Kraftwerk n’ait pas été directe mais progressive, mais il est évident que cet album est un témoin essentiel de l’avancée musicale grandissante de la fin des années 70. Le terrain musical est alors bouillonnant, tous les styles se mélangent, les cellules mortes disparaissent. Rien n’est encombré, la musique semble tout d’un coup limpide. Et pourtant, vu de l’extérieur, il règne une impression de désordre contenu dans quelques notes, comme si cela annonçait déjà l’arrivée de quelque chose de nouveau.


