Disorder over the wall

Ce blog tente de retracer le mouvement post punk qui dura une décennie environ (1975-1985). Par ailleurs, d'autres rubriques s'y ajoutent concernant la folk, le shoegazing, le post-rock, toutes les musiques intéressantes en général.

lundi 25 août 2008

Richard Swift Ground Trouble Jaw

swift

En supposant que l'être humain est par essence censé changer, il est alors tout à fait logique de se trouver parfois face à une incompréhension. C'est en se basant sur cette théorie (démontrée de nombreuses fois) que l'on peut aisément faire face au nouvel E.P. de Richard Swift: Ground Trouble Jaw. En effet, en 2003, ce vagabond avait démontré qu'il était possible d'écrire des chansons en se foutant éperdument de tout ce qui avait été fait auparavant musicalement. L'envie d'écrire était plus forte que tout, incroyablement novatrice, l'auditeur érudit ou non ne pouvait que s'incliner. The Novelist était, pour résumer une très bonne surprise en 2003 puis en 2005 (Swift a sorti une collection de ses E.P. en 2005 contenant The Novelist et Walking Without Effort, ndlr). Mais qu'est-il arrivé à l'homme à la voix de faux crooner, aux cheveux frisés, à l'air prétentieux et au regard désinvolte? Peut-être s'est-il pris une porte de placard dans la mâchoire? Ca, personne ne le sait...
Il faut croire que la musique est éphémère. Aujourd'hui, Richard Swift ne nous fait plus lire à travers les lignes mais nous entraîne directement sur la voie sans grande conviction, on se croirait dans le Space Mountain. C'est un mauvais moment à passer. L'évolution du jeune homme semble relativement différente de celle que l'on aurait pu prédire. Il s'éloigne peu à peu de sa fraîcheur naturelle pour se caricaturer lui-même dérivant même vers quelque chose de formaté, une voix aiguë que l'on ne lui avait jamais attribué s'insère peu à peu dans cet E.P.:étrange. Par exemple, Would You est un bon début musicalement, et puis la voix arrive comme un boulet de canon, c'est de la soul! Incroyable. L'utilisation de vibratos ou d'effets marque le début des hostilités. Puis, les choeurs arrivent, dans une soupe musicale fade jusqu'à s'éteindre: c'est la fin de la chanson. Au moins, il aura essayé quelque chose de nouveau: c'est déjà quelque chose. Peut-être la seule chose qu'il reste à cet artiste pour conquérir le public qui le connaissait déjà. Pour les autres, ne vous jetez à corps perdu sur cet E.P., il n'en vaut pas la peine. Seule A Song For Milton Feher est un peu moins décevante : comme un filet, une roue de secours. Et pourtant il fallait courir sur The Novelist, c'était superbe. La nostalgie, ça rend triste, il paraît. Personnellement, je me souviens et ça me rend moins triste que d'écouter ce nouveau Ground Trouble Jaw. En tout cas si c'est du second degré, je n'ai pas tout compris. Si c’est à prendre au premier  degré, je n’ai pas tout compris non plus. La "schizophrénie Swiftienne", vous connaissez? Non? Et bien moi maintenant, oui.

richard_swift

coeur: Prince, la soul, Nöel dans les grandes surfaces, le groove et se sentir funky.

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lundi 4 août 2008

Nos Armoires à disques, volume 2.

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Teenage Angst  by Placebo

« Since I was born I started to decay,

Now nothing ever, ever goes my way. »

Il y a plus de 20 ans maintenant Placebo sortait son premier album éponyme quelque part en Grande-Bretagne, avec une discrétion proche de l’anonymat. Depuis, ils ont sorti 4 albums, jouissent d’une notoriété et d’un succès grand public, jouent sur des scènes immenses, créent un grand méli-mélo où se mélangent des adolescentes en furie, des gadgets à fusion, des badges par milliers, des t-shirts par dizaines de centaines de milliers, des concerts en grande pompe, bref, une ascension qui donne le tournis et qui fait même vomir.

En 2000-2001, époque où j’ai commencé à écouter Placebo, j’étais loin de me douter que mon groupe fétiche allait devenir ce qu’il est devenu, j’étais fan absolue, je ne savais même pas pourquoi les rockeurs plus âgés prenaient ma passion pour une rigolade, j’en souffrais même, seule dans ma chambre avec mes posters du groupe accrochés près de mon lit. Le batteur était autodidacte, le chanteur rebelle, le bassiste gay, rien n’importait plus que toute cette rock’n’roll attitude liée au groupe, je vivais dans une bulle de savon un peu crade.

Aujourd’hui, je regarde ces années avec un certain pédantisme voire une certaine aversion enfin surtout avec beaucoup plus de recul, mais je ne regrette pas d’avoir du en passer par là pour écouter d’autres groupes qui m’ont ouvert d’autres portes musicales, d’autres voies plus claires, plus sérieuses mais toujours sales dans un sens.

Tout ce que j’ai vécu à cette période, je ne le revivrai sans doute jamais. On ne peut refaire ses premiers concerts, revivre ses premiers chagrins d’amour ou remanger des hamburgers comme sur la photographie de Without You, I’m Nothing[1]. En fait, Teenage Angst condense très bien cette période de ma vie (les doutes de ma période de puberté) avec cette introduction tout en puissance et cette rythmique simple mais efficace. Les paroles, elles, quoique relativement adolescentes, illustrent assez justement ce besoin de tout accélérer, ce besoin de tout avoir très vite comme dans une pochette-surprise. Brian Molko[2] chante « since I was born I started to decay » ( « depuis que je suis né, je n’ai cessé de régresser ») avec une certaine révolte dans la voix, comme s’il suffisait de le dire pour que ça change. Le groupe joue avec une certaine désinvolture mais sans doute à l’époque avec une réelle envie de faire bouger les choses dans la mesure du possible. Cette chanson a réussi son pari, les choses ont changé depuis et il semble que tout va dans le sens de Placebo aujourd’hui. De mon côté, je range mon disque avec nostalgie comme pour clôturer cette période révolue, j’écoute une dernière fois Teenage Angst et pour éviter de regarder trop derrière, je me dis que de toute façon je sais que la fin est plutôt amère[3].


[1] Il s’agit du deuxième album de Placebo et cette photographie se trouve dans le livret aux pages 9 et 10.

[2] Chanteur de Placebo.

[3] Référence à The Bitter End (« La Fin Amère »), chanson qui figure sur l’album Sleeping With Ghosts de Placebo.

Nos Armoires à disques, volume 1.

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There Is A Light That Never Goes Out[1] by The Smiths

« And if a double-decker bus crashes into us

To die by your side such a heavenly way to die

And if a ten ton truck kills the both of us

The pleasure and the privilege is mine. »

Les chansons qui changent la vie de quelqu’un sont rares. Il existe des puristes rocks qui persistent à dire que Smells Like Teen Spirit[2] est la seule chanson qui a changé ou changera quelque chose. Les rockeurs de la vieille école, eux, pensent à mettre un cierge à Notre Dame quand Purple Haze[3] passe dans une soirée. Les has been croient par contre que Born In The USA[4] est un témoin de notre temps. Ou bien la génération post-Dragon Ball Z insiste sur le fait que le renouvellement rock est arrivé avec Seven Nation Army[5].

Loin de croire en ces préceptes, Stuart Murdoch[6] avait raison de citer les Smiths comme une influence majeure. En effet, dans le vaste répertoire des fameux Smiths, malgré quelques erreurs de passage («Some Girls Are Bigger Than Others » par exemple), il existe de nombreuses chansons susceptibles de pouvoir changer la vie de quelqu’un. Parmi elles There Is A Light That Never Goes Out, qui se trouve sur l’album culte The Queen Is Dead, épouserait facilement ce rôle. Cette chanson raconte l’escapade de deux personnes en voiture errant vers l’infini ou le néant (c’est selon), d’un mec un peu paumé qui veut s’évader de chez lui mais qui ne peut pas, qui apprécie le proverbe (trop) souvent célébré Carpe Diem. Forcément, il est facile de s’identifier à ces sentiments de mélancolie, ce goût du risque, cette soif de liberté ou cette timidité exacerbée. Cette chanson prend un autre sens au fur et à mesure des écoutes, se mêle avec une certaine idée du désordre intérieur. Elle devient alors rassurante, elle sert d’épaulement, elle prend alors tout son sens, elle devient une véritable échappatoire, comme si rien n’avait existé avant. Alors toute cette stupide classification de meilleure chanson du monde perd totalement de sa valeur. Les chansons dessinent simplement un paysage dans lequel il est parfois facile d’évoluer, de se perdre, d’être transcendé. C’est le cas avec There Is A Light That Never Goes Out et c’est également le cas avec beaucoup d’autres chansons enfouies dans nos armoires à disques.


[1] Chanson extraite de l’album des Smiths, The Queen Is Dead, sorti en 1986 chez Warner.

[2] Smells Like Teen Spirit est la première chanson de l’album de Nirvana portant le même nom.

[3] Chanson de Jimi Hendrix.

[4] Bruce Springsteen écrit cette chanson contre la guerre du Vietnam.

[5] Ce titre se trouve sur l’album de White Stripes intitulé Elephant.

[6] Chanteur de Belle & Sebastian.

« Nos Armoires à disques »

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À partir d’aujourd’hui s’insère sur ce blog une nouvelle rubrique intitulée « Nos Armoires à disques ». Elle consiste à recenser des chansons -ou en l’occurrence ici des singles- qui ont marqué un moment fort d’une vie : un jour, une année, une période de plusieurs mois ou une simple après-midi. Il ne s’agit pas d’une liste des meilleures chansons sur Terre et ce n’est en aucun cas une liste exhaustive de chansons, nombreuses sont celles qui seraient susceptibles d’être sélectionnées. Par ailleurs, les titres sont choisis souvent par envie et non par ordre chronologique. 

Posté par alicewondered à 17:59 - Nos Armoires à disques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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dimanche 30 mars 2008

Prologue: ‘From Unknown Pleasures to Movement’

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En me retournant, j’aperçois des particules infinitésimales impossibles à atteindre. Le temps s’étire, tout est soudainement élastique. Les minutes deviennent des heures, le poids des mots est de plus en plus lourd, il prend ton son sens, il devient presque insupportable. Parfois, les paroles résonnent, parfois, elles ne sont plus qu’un corps informe qui se meut dans l’atmosphère. Dans ce brouhaha sonore, une personne me prend par le bras. Je ne peux pas m’en détacher, tout est trop proche de moi, j’ai beau lutter, rien n’y fait, je ne sens plus mes membres. Mes paupières sont lourdes comme si mes yeux n’avaient plus de larmes. La lumière est allumée, mais je ne vois plus rien. Ai-je seulement vécu ce moment ? Ai-je vraiment entendu quelque chose ? Je ne comprends pas tout de suite. Mais ça y est, j’y suis, je viens juste d’écouter ‘Disorder’.

En 1979, Joy Division sort en effet Unknown Pleasures représentatif d’un véritable changement dans le paysage musical underground. En 1977, personne ne s’attend à l’arrivée de Suicide, un duo à mi-chemin entre les notes électroniques du groupe allemand Kraftwerk et le chant d’un moine en train de crier dans un sanctuaire bouddhiste. En 1978, Throbbing Ghristle sort en cassette une musique faite de balles de ping-pong, de dictaphones et de guitares désaccordées. En 1978 encore, Bauhaus sort un de ses premiers E.P. In The Flat Field et l’inscrit dans une longue lignée d’albums inspirés par les désordres humains quels qu’ils soient, incarnés en la personne de Peter Murphy. En 1981, New Order naît et l’album Movement sort cette même année, sorte de témoignage d’un réel besoin de créer, quoi qu’il arrive. Car il s’agit bien de cela en fin de compte, il faut créer, rien n’importe plus que de créer. Les albums à la période post-punk ne s’inspirent plus seulement de visions idylliques de la vie, il faut retraduire ses sentiments, l’urgence est là, il faut faire revivre la musique.

C’est justement parce que j’ai une vision cyclique de la vie que je crois que revenir sur cette période musicale qui dura une décennie (1975-1985 environ) est fondamental, non pas pour se souvenir avec nostalgie, mais pour comprendre peut-être un peu mieux tout ce qui nous entoure : les paradoxes humains et les paysages musicaux décorant les pièces du monde.


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